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Charlie Moore - Présentation

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Date d'inscription : 04/03/2018
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Dim 25 Mar - 19:04
Moore Charlie
ft. Ryotaro Dojima de Persona 4

Âge : 175 ans
Âge de la mort : 37 ans
Cause de la mort : Cambriolage qui a mal tourné
Nationalité : Irlandaise
Profession / études : Archiviste et consultant à l'université
Groupe : Alpha
Caractère

Charlie est une personne assez… Blasée. Non pas qu’il pense avoir tout vu, il en a juste marre. Ses 175 ans commencent doucement à peser sur ses épaules, si bien que la seule chose qu’il attend avec impatience désormais, c’est la mort. D’ailleurs, bien qu’il reste assez discret sur sa condition de Revenant, il n’hésite pas à faire quelques blagues dessus, qu’importe si on le comprend ou non, qu’importe si on découvre ce qu’il est ou non. Désormais, il ne s’occupe plus vraiment de savoir ce que les gens peuvent bien penser de lui ou de ce qu’il fait, contrairement à l’époque où il se croyait seul dans sa situation et où se faire repérer était l’une des choses qui l’inquiétait le plus au monde.
Mais depuis qu’il se sait protégé par l’Organisation, il est devenu une personne beaucoup plus calme qu’auparavant. Beaucoup moins nerveuse, également, bien que ce trait de caractère puisse encore ressortir de temps à autres en de rares occasions. Charlie n’est pas non plus un modèle de courage, ce serait même plutôt l’inverse. Sa nervosité ressort lorsqu’il se sait en danger, car il a bien conscience qu’il n’est pas invincible, loin là. Les quelques expériences qu’il a vécues dans le courant de sa vie ont bien vite calmé son impulsivité et il a toujours plus ou moins essayé d’éviter les ennuis. Non pas qu’il ait toujours réussi, mais selon lui, il s’est souvent retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment. C’est tout simplement quelqu’un qui n’a pas eu de chance.
D’ailleurs, ce manque de chance ne le quitte toujours pas. Au final, c’est quelqu’un assez malchanceux et maladroit dans ce qu’il fait ou ce qu’il dit. Sa malchance, il la supporte plus ou moins tous les jours depuis sa mort. Il aurait clairement préféré que toute cette histoire tombe sur quelqu’un d’autre plutôt que sur lui, et il n’a jamais apprécié ou profité de son état de Revenant. Il s’agit plus d’un fardeau que d’une réelle chance à ses yeux. Concernant sa malchance, il sera bien le premier à marcher dans du béton tout juste coulé ou à faire sonner les alarmes à l’entrée des magasins. Ou même à la sortie, ce qui n’est pas franchement mieux. Mais peut-être est-ce dû au fait qu’il est souvent à l’Ouest, c’est fort possible.
Outre tout ceci, Charlie reste quelqu’un d’assez souriant et chaleureux en apparence, bien qu’il préfèrera rester distant afin de s’éviter des relations trop longues ou intimes. Il n’est pas du genre à prendre des nouvelles de ses amis. De ses connaissances, plutôt. Il n’a que de rares amis, si ce n’est aucun, et préfèrera accorder sa confiance à des gens comme lui plutôt qu’avoir à subir des pertes supplémentaires. Il possède d’ailleurs un perroquet, un gris du Gabon d’environ vingt ans surnommé Norman. Il a choisi d’adopter cet animal uniquement à cause de sa longévité, bien qu’il sache d’avance que le perroquet mourra avant lui. Il s’en occupe tout de même très bien, en espérant qu’il reste en vie le plus longtemps possible et ce malgré sa captivité. Il lui a même appris à parler bien que son manque de conversation le désole.
C’est également une personne très fidèle et fiable, qui vit encore dans le passé. Bien qu’il se soit habitué à la technologie d’aujourd’hui, il n’en est pas très friand et préfèrera noter ses contacts sur un calepin par exemple. Il possède également une photographie de sa femme, prise en 1879, un an avant sa mort. Il la garde dans son portefeuille et l’a faite dupliquer pour la mettre dans un petit cadre, sur sa bibliothèque. Il se souvient toujours de la date de son anniversaire et le fête tous les ans. Il a aussi gardé son alliance pendant toutes ces années, et la porte encore. Il ne cache pas être veuf, mais il n’enlèverait son alliance pour rien au monde.

Physique

Charlie n’est pas vraiment imposant. Malgré son mètre quatre-vingt et ses soixante-quinze kilos, il ne dégage pas une aura agressive, loin de là. Or, il garde tout de même une certaine carrure qu’il essaye d’entretenir en allant nager au moins une fois par semaine. Il possède en conséquence en corps en triangle inversé, les épaules plus larges que les hanches. Il sait parfaitement que l’approche de la quarantaine est une période où le laisser-aller peut apparaitre, chose qu’il tente d’éviter depuis maintenant plus de 130 ans. De fait, bien que peu imposant en apparence, il reste tout de même un homme fuselé, parfaitement capable d’utiliser la force s’il en avait l’envie.
Son visage commence peu à peu à être marqué par les années, mais surtout par la fatigue et le poids de son âge. Bien qu’il fasse parfaitement ses trente-sept ans, il est persuadé que, si on le regarde trop longtemps dans les yeux, on pourrait clairement y lire son véritable âge, tant la lassitude y est présente. Parce que las, c’est ce qu’il est. Tant dans sa posture que dans ses gestes que dans ses yeux. Il essaye de la cacher tant bien que mal, mais il lui arrive encore de la laisser apparaitre. Tout dépend de la période de l’année ou du sujet de conversation.
Il possède des traits assez anguleux, des cheveux aussi noirs que ses yeux, un menton plutôt carré et un nez filiforme. Au niveau du poumon gauche, il porte encore la cicatrice de la balle qu’il a reçue lors de sa mort, cicatrice qu’il déteste tout particulièrement. Mais s’il y a bien une chose de laquelle il prend soin, c’est de sa barbe. Il lui arrive de s’occuper de sa barbe pendant une demi-heure, uniquement pour faire comme s’il ne s’en était pas occupée et qu’elle datait réellement d’il y a trois jours. C’est une manie qu’il a prise lorsque sa femme lui a dit un jour qu’elle aimait bien sa barbe. Ainsi, il a continué à l’entretenir de la sorte même après le décès de cette dernière, et ce malgré la mode de l’époque où être rasé était presqu’une obligation.
D’ailleurs, durant sa longue vie, il a plus ou moins essayé de suivre la mode, afin de ne pas faire tache dans le paysage et dans l’unique but de se cacher. Il y a quelques années, il a commencé à s’habille le plus souvent en chemise et en cravate, afin d’être présentable devant ses élèves lorsqu’il donne des cours. Désormais, il y a pris goût et s’habille de la sorte plus ou moins tous les jours. Il possède également quelques costumes d’apparence plus chics qui trainent dans le fond de son armoire. Enfin, il porte toujours son alliance et il n’est pas rare de le voir fumer.

Histoire

1997.

Quel âge avez-vous ?
Trente-sept ans.

Le vrai ?
… Cent-cinquante-quatre ans. Je suis né le 13 Juillet 1843.

D’où venez-vous ?
D’Irlande. De Galway, pour être plus précis. J’étais fils de cordonnier, on habitait un petit appartement juste au-dessus de la boutique de mon père. On était quoi… Cinq dedans. Il faut dire que je ne m’en souviens plus très bien. J’avais deux sœurs plus âgées. La plupart du temps, mon père travaillait dans son atelier, et c’était ma mère qui s’occupait de tenir la caisse et de faire les ventes. Cordonnier, c’était un métier qui payait bien, on avait un train de vie raisonnable. Du moins, jusqu’à la disette de 45. Enfin, de 1845 maintenant.

Vous avez donc quitté l’Irlande.
Exact. Comme des centaines, voire des milliers de personnes avant nous.
La disette s’est vite transformée en famine, et les gens dépensaient tout ce qu’il avait en nourriture. La boutique a rapidement coulé, on s’est retrouvé sans rien en quelques mois. Mes parents ont donc décidé de partir pour les Etats-Unis, en espérant pouvoir se refaire là-bas. J’ai quitté l’Irlande à mes trois ans, en 1846.

Comment s’est déroulée votre vie à New-York ?
Ce n’était pas New-York. C’était Boston, dans le Massachusetts, à la frontière canadienne. J’ai très peu de souvenir de la traversée de l’Atlantique, si ce n’est aucun. En revanche, j’ai grandi à Boston, pour le coup. Mon père a repris son activité de cordonnier une fois arrivé en ville. Il était l’un des seuls, c’est sûrement pourquoi il a réussi à se remettre sur pied assez rapidement. Ainsi que le reste de la famille, par la même occasion. Mais bon, nous n’étions plus aussi aisés qu’à Galway. Et nous ne le serions plus jamais, mais ça ne m’a pas empêché de bien grandir.
Tous les immigrés ont été parqués dans des quartiers pauvres, et ce sur toute la côte Est. Il faut dire que plus personne ne pouvait se permettre d’avoir un bel appartement. On n’a pas échappé à la règle. De notre appartement de Galway, petit mais suffisant pour tout le monde, on est passé à un deux pièces à peine assez grand pour faire tenir toute la famille. Mes parents avaient une chambre à eux, et mes sœurs et moi dormions dans ce qui constituait la pièce principale. Et encore, on a eu de la chance. Certains, plus nombreux que nous n’avaient qu’une seule et unique pièce à disposition.
J’ai aussi eu la chance d’avoir une éducation, ainsi que mes deux sœurs. Bien évidemment, nous n’allions pas à l’école avec les enfants américains, cela va de soi. Mais une institutrice était venue d’Irlande avec son mari, et donnait des cours gratuitement aux enfants du quartier. Chose qui ne plaisait pas forcément à son mari, mais bref. On vivait dans un quartier d’immigrés. Outre mon père et cette institutrice, la plupart des habitants étaient des agriculteurs qui avaient perdu leurs terres à cause du mildiou. Mon père a fait partie de ces gens qui ont eu la chance de pouvoir continuer leur activité.

Et les autres ?
Des activités minières ou typiques de la ville, mais qui payaient très peu. Cireurs de chaussures ou encore allumeurs de réverbères. On n’avait pas encore l’électricité à l’époque.
Pour ma part, j’ai commencé le travail à mes douze ans. Au début, mon père ne voulait pas que je vienne l’aider à l’atelier, il trouvait que c’était trop dangereux pour un enfant. J’ai donc été livreur quelques années, histoire de ramener un peu de sous au reste de la famille. Mes deux sœurs apprenaient à coudre avec ma mère et elles vendaient leurs vêtements aux gens du quartier, voire même à certains Américains, quand la chance leur souriait.
J’ai commencé à travailler avec mon père à mes seize ans. C’était l’âge de la maturité à l’époque. J’étais un gamin assez calme et je ne me plaignais que rarement. J’avais conscience de la chance qu’on avait, ma famille et moi, alors je ne disais rien et j’aidais au mieux. J’avais tout de même fini par me faire quelques amis dans le quartier. Tous Irlandais, bien évidemment. Mon père n’aimait pas trop que j’aille parler au reste de la population de Boston. Et le reste de la population n’était pas très en joie de nous voir ici, il faut dire. L’intégration a été longue et compliquée.
Je ne me suis jamais vraiment senti américain, alors que j’ai grandi aux Etats-Unis. C’était difficile de ressentir de l’affection pour un pays quand le dit-pays aurait préféré que tu restes chez toi. Quoi qu’ils étaient tout de même bien contents de nous avoir pour faire leurs travaux ingrats. Il n’y avait pas que des Irlandais dans les immigrés, bien qu’on fut une grande majorité. Il y avait aussi des Français, des Anglais, des Allemands. Plus rares les Allemands, cela dit. Il y avait beaucoup de Scandinaves aussi. Les Etats-Unis étaient terre d’accueil, disait-on.
J’ai passé une grande partie, si ce n’est la totalité de mon adolescence dans ce quartier. Et c’est là où j’ai rencontré ma femme aussi.

Vous aviez une femme ?
Oui, oui. Elle est décédée depuis le temps. Mais j’ai toujours une photo d’elle, si vous voulez.
Je l’ai rencontrée à mes vingt-et-un ans. Elle devait en avoir dix-neuf. Elle était également immigrée irlandaise, mais elle est arrivée beaucoup plus tard dans le quartier, aux alentours de 1864. Elle est restée au pays pendant toute la durée de la famine, c’est grâce à elle que j’ai pu savoir ce qu’il s’était passé durant tout ce temps. En plus du mildiou, il y avait eu une épidémie de choléra, la population irlandaise avait drastiquement baissé, entre les morts et les migrants. Seul Dublin s’en était plus ou moins bien sorti.
Ses parents étaient agriculteurs, ils avaient été exproprié par leur propriétaire anglais qui avait soudainement décidé de récupérer ses terres. Ainsi, ils ont suivi le mouvement et sont venus à Boston. Je l’ai rencontrée quelques semaines après son arrivée, en plein été. Il ne faisait pas bien chaud mais comparé à l’hiver du Massachusetts, c’était une vraie canicule.
C’était vraiment une belle femme. Un peu petite, brune, un visage rond, des pommettes hautes et des taches de rousseur sur tout le nez. Ses cheveux étaient constamment lâchés, malgré la mode de l’époque. Mais elle détestait les attacher, selon elle, ça prenait des heures pour pas grand-chose. Elle avait toujours un léger sourire aux lèvres et un bon mot pour rire. Et un sacré caractère aussi. Elle avait beau être petite, il fallait mieux éviter d’aller lui chercher des puces. Pendant notre vie en commun, je me suis fait engueulé une paire de fois… Et elle était très intelligente aussi. D’ailleurs, elle est devenue institutrice, ce qui était l’un des rares métiers où les femmes étaient reconnues à l’époque.
Elle s’appelait Helen.

Vous vous êtes mariés ?
Bien sûr. A mes vingt-quatre ans, après avoir fait la demande à son père, puis à elle. Son père a accepté rapidement, il cherchait un bon parti pour sa fille. Ma famille et moi-même faisions partie des rares à avoir réussi à se remettre de la famine en Irlande, et comme je le disais, cordonnier, ça payait bien. J’étais destiné à reprendre l’atelier de mon père et de toute façon, je ne savais faire que ça. Je n’allais pas m’en plaindre, il me léguait une affaire qui tournait rond.
On s’est marié en été, malgré les difficultés. On vivait dans un pays protestant et nous étions catholiques, trouver un prête qui accepte de nous marier selon nos mœurs n’a pas été une tâche aisée, mais on a finalement réussi. Par la suite, elle a continué d’enseigner aux enfants. Pour ma part, j’ai repris l’affaire de mon père qui tournait plutôt bien. Au bout de quelques années, on a réussi à économiser assez pour nous prendre un petit appartement à nous deux, toujours dans le même quartier, évidemment. Il faisait la même taille que celui où j’avais grandi, mais cette fois-ci pour deux, c’était du grand luxe. De leurs côtés, mes deux sœurs étaient également mariées, mes parents prenaient doucement leur retraite. La vie était tranquille.
Avec Helen, on a rapidement essayé d’avoir un enfant. On n’a jamais réussi. Je ne sais pas vraiment si c’était moi ou elle mais le fait est qu’elle n’est jamais tombée enceinte. On n’avait pas vraiment les moyens de savoir ce qui pouvait clocher chez l’un de nous deux pour qu’on ne puisse pas avoir d’enfant… La faute a été rejetée sur elle, bien évidemment. Après tout, c’était elle la femme. Mes amis m’ont conseillé de la quitter pour que je puisse avoir une descendance. A l’époque, ne pas avoir d’enfants, c’était la fin du nom. D’autant plus que j’étais le seul Moore, mes sœurs ayant pris le nom de famille de leurs maris.  C’était quelque chose qui chagrinait mon père. Mais je ne l’ai jamais quittée. Tant pis pour les enfants. Tant qu’elle était là, j’étais heureux.

Quand êtes-vous décédé ?
Le 19 Décembre 1880.
Je m’en souviens comme si c’était hier.
C’était bête. Helen et moi rentrions d’une soirée qu’on avait passé ensemble. C’était son anniversaire, et je l’avais amenée au restaurant. J’avais économisé des semaines pour pouvoir lui faire cette surprise. Elle fêtait ses trente-cinq ans. Lorsqu’on est revenu dans notre appartement, on a remarqué que la serrure avait été fracturée. On a tout de suite pensé à un cambriolage, le quartier faisait les frais d’un voleur durant cette période. C’était assez courant là où nous habitions. En revanche, on n’a pas pensé que le cambrioleur pouvait toujours être à l’intérieur. On est rentré pour constater l’ampleur des dégâts. Je ne me souviens plus de grand-chose ensuite, mais je me rappelle qu’il était jeune. Seize ou dix-sept ans, tout au plus. C’était juste un gamin terrorisé qui essayait de trouver des choses à revendre, sûrement pour ramener un peu de sous au reste de sa famille. Une fois à l’intérieur, le cambrioleur nous a vu, il a paniqué et a tiré toutes les balles de son pistolet.
Je me suis pris une des balles. Helen s’en est prise une autre.

Qu’avez-vous ressenti ?
Rien. Absolument rien.
Je crois que c’est à ce moment précis que j’ai perdu la foi. J’étais vraiment croyant, j’avais été éduqué de la sorte. Mais à ma mort… Rien. Pas d’angelots, pas de paradis, pas de Saint Pierre. Juste du froid et du noir. J’étais persuadé d’être mort. Plus tard, j’en ai douté. Maintenant, je n’en doute plus vraiment. Joyeux, n’est-ce pas ?

Quand vous êtes-vous réveillé ?
Je ne sais pas vraiment… Peut-être quelques minutes plus tard. Très peu de souvenir également, je me suis évanoui à nouveau peu après mon réveil, à l’arrivée des forces de l’ordre. A ce moment-là, je n’avais en aucun cas conscience de l’état d’Helen. Je ne savais même pas qu’elle s’était également prise une balle. Je l’ai appris beaucoup plus tard, lors de mon réveil à l’hôpital. Pour ma part, je me suis pris la balle dans le poumon gauche. Je porte encore la cicatrice, soit-dit en passant. En réalité, j’ai mis plusieurs minutes avant de mourir. Selon les médecins, j’étais un miraculé, je m’étais accroché à la vie d’une manière exceptionnelle. Alors qu’en vrai, pas du tout. Je me suis dit que ce serait plus simple si je m’endormais maintenant.
Pour Helen, ça a été beaucoup plus vicieux. La balle a traversé son estomac et est allée se loger entre deux côtes. Inopérable à l’époque. La blessure s’est infectée et elle est décédée quelques jours plus tard à l’hôpital alors que j’étais toujours dans les vapes. On l’a enterrée sans moi.

Avez-vous essayé de retrouver votre meurtrier ?
Je le voulais. Je voulais le retrouver pour lui faire manger ses dents et plus si affinité.
Mais au lieu de ça… Je suis sorti de l’hôpital au bout de quelques semaines, je suis allé mettre des fleurs sur la tombe d’Helen et j’ai repris mes activités en essayant de faire mon deuil.

Quand avez-vous compris que vous étiez devenu ce que vous être aujourd’hui ?
Ça m’a pris du temps. Beaucoup de temps.
J’évitais les ennuis du coup je ne l’ai remarqué que tardivement. La vie a continué normalement, j’ai décidé de m’occuper de mes parents vieillissant et désormais sans emploi. La cotisation retraite a vraiment été une révolution, qu’on se le dise. Le plus grand changement que les gens pouvaient faire état venant de moi a été ma présence à l’église qui s’est soudainement arrêtée. On m’a conseillé de reprendre une femme, le veuvage n’étant pas considéré comme un pêché par l’Eglise catholique, contrairement au divorce. J’ai refusé.
Mes parents sont décédés à l’âge de 75 ans pour mon père et 72 pour ma mère. J’ai pu les enterrer, eux. Ils sont morts à quelques mois d’intervalle. Mon père, puis ma mère. Les gens du quartier prétendaient que c’était le chagrin qui avait emporté ma mère, ce qui ne m’étonnerait pas tant que ça, finalement. J’avais presque quarante-cinq ans, à ce moment-là.
J’ai continué de vieillir sans vraiment vieillir. Je ne m’en rendais pas compte, je me voyais tous les jours dans un miroir. Mais on a commencé à me faire de plus en plus de compliments à ce propos. Au début, je m’en accommodais, bien évidemment. Mais en voyant des amis qui faisaient vraiment leurs âges, j’ai commencé à m’inquiéter, tout de même. Puis un jour, en regardant une photographie d’Helen et moi, prise un an avant son décès, j’ai fini par m’en rendre compte. Je n’avais pas changé, en plus de quinze ans. Pas foutu de vieillir.
Mais j’ai voulu en être certain.

Vous avez tenté de vous tuer ?
Non. J’y ai pensé mais j’ai eu trop peur.
Finalement, j’ai laissé les années me convaincre.

Comment avez-vous vécu cette découverte ?
Assez mal, je dois dire. Ça m’a fait peur, je ne savais pas trop quoi faire. Du coup, je suis parti. Je suis parti de Boston où j’avais vécu toute ma vie. Je suis allé au Canada, dans un premier temps, en 1895. Dans la ville de Québec. C’est là-bas que j’ai commencé à apprendre à parler français, mais j’ai fini mon apprentissage en France, une dizaine d’années plus tard. J’ai beaucoup bougé les premières années, je craignais qu’en restant trop longtemps à un même endroit, on finisse par comprendre que quelque chose n’allait pas avec ma personne. Le Canada, puis la France, et enfin l’Angleterre avant la Première Guerre mondiale.
J’ai tout de même gardé une certaine correspondance avec mes deux sœurs, par courrier. Je ne voulais pas totalement sortir de leur vie, même si je me doutais qu’elles vieillissaient alors que moi, je gardais mes trente-sept ans. Par conséquent, j’ai évité de les revoir. Je n’ai jamais revu l’une d’entre elles. Quant à l’autre, j’ai pu retourner en Amérique après la guerre. De manière globale, j’évitais les relations trop longues ou intimes.

Vous avez vécu la Première Guerre mondiale, donc ?
Oui. Et la Seconde également.
Lorsque j’étais en France, à partir de 1905, je m’y suis bien plu. Mais, aux alentours de 1914, j’ai bien senti que les relations diplomatiques entre les pays européens s’effondraient. La France avait des relations tendues avec ses voisins, notamment l’Allemagne. Etant donné que je ne voulais pas vraiment être en première ligne si jamais une guerre se déclarait, je suis partie en Angleterre. Je ne suis pas retourné en Irlande, pas encore. Mais j’avais finalement bien réussi mon coup. En 1914, l’Europe entière entra en guerre en à peine quelques jours.
Dont l’Angleterre, malheureusement.  J’avais commencé à m’y installer, j’avais pris un petit appartement d’une pièce dans une petite ville pas très éloignée de Londres. J’avais soixante-et-onze ans à ce moment-là. Au début de la guerre, j’ai pu être tranquille, ils recrutaient par volontariat. Par contre, je ne pouvais plus partir vraiment du pays, mais tant que je n’étais obligé d’aller au casse-pipe… C’est à partir de 1916 et de la conscription que je fus obligé d’y aller. Service militaire obligatoire pour tous les hommes valides. En arrivant en Angleterre, j’avais indiqué avoir trente-cinq ans, histoire d’être tranquille. Je faisais donc partie de ces hommes valides.
On m’a envoyé au front en France, après un très, voire trop rapide entrainement. Bataille de le Somme. Elle a duré un peu plus d’un mois et fut une catastrophe monumentale pour les deux côtés. Mais c’est durant cette bataille que j’ai dû me rendre à l’évidence : j’étais littéralement incapable de mourir. Le premier jour de la bataille fut particulièrement affreux, surtout pour les Anglais. Près de 20 000 morts en moins de 24 heures. Et énormément de blessés, dont je faisais partie. On envoyait les nouveaux venus en premier. De toute façon, j’étais un soldat de base, je ne valais pas grand-chose.
Je me suis pris une balle en plein ventre, au milieu du No Man’s Land. Décidemment, je suis un abonné des balles… Mais le fait est que… Je ne sais pas. Soit l’organisation était plus que déplorable, soit les brancardiers étaient terrifiés à l’idée de venir. Mais on a attendu des heures dans la boue qu’ils arrivent. Beaucoup sont morts de leurs blessures alors qu’ils auraient pu être sauvés. Quant à moi, une balle dans le ventre n’est pas très agréable, je dois dire. Mais j’ai survécu. On a à nouveau parlé de moi comme étant un miraculé. Généralement, on ne survivait pas d’une balle dans le ventre. Surtout après être resté presqu’une journée entière en train de moisir en plein soleil. Je suis retourné en arrière le temps de me soigner, puis retour sur le front.
La bataille s’est arrêtée le 18 Novembre 1916. On avait gagné quoi… Douze kilomètres ? A peine. Ce fut une énorme perte de temps. Et d’hommes, également.

Comment s’est passé l’entre-deux-guerres ?
Long. C’était long.
Je suis retourné en Angleterre, j’ai reçu les honneurs. Puis j’ai recommencé à bouger un peu partout. En évitant l’Allemagne, la guerre ne m’avait pas vraiment donné envie d’aller visiter le pays. Je suis allé en Suisse, en Irlande enfin, en Belgique. Un peu en France encore. J’ai décidé de m’y installer durablement, j’aimais beaucoup la France. Je vivais comme je pouvais. J’ai réussi à choper un petit boulot dans une librairie. L’activité de cordonnier n’était plus aussi lucrative qu’auparavant.
En 1922, je suis retourné à Boston. L’une de mes sœurs, la dernière en vie, était sur son lit de mort. Elle a bien vécu, du haut de ses quatre-vingt-trois ans. Mais elle voulait me revoir, apparemment. Qu’est-ce que j’avais à y perdre ? Tous ceux que je connaissais avaient fini par passer l’arme à gauche, j’étais redevenu un parfait inconnu dans le quartier. Donc j’y suis allé.
Je me suis fait passé pour l’un de ses petits-fils aux yeux des gens. Etrangement, ça n’a pas l’air de l’avoir choqué plus que ça. J’étais censé avoir près de quatre-vingt ans, mais j’en faisais toujours quarante. Selon elle, c’était une chance. J’avais la chance de pouvoir vivre éternellement et de voir défiler les époques et les avancées technologiques. J’allai pouvoir vivre l’Histoire, selon elle. Mais bon, j’ai plus l’impression de l’avoir subi qu’autre chose. Elle est décédée deux semaines après mon arrivée. Je l’ai mise en terre à côté de son mari, puis je suis rentré en France.

Vous avez dit avoir vécu la Seconde Guerre mondiale.
Oui.
Cette fois, j’avais très mal anticipé mon coup. Je suis resté en France. Je n’imaginais pas que les Allemands allaient atteindre Paris en moins de six mois, et occuper tout le Nord du pays. Personne ne s’y attendait, aussi. Sauf les Allemands. J’avais justement élu domicile dans le Nord, en dessous de la Bretagne. Territoire occupé donc.
De là, je n’ai pas vraiment su quoi faire. J’étais tenté de partir pour l’Angleterre, mais l’idée de tomber entre les mains des Allemands ne me réjouissait pas vraiment. De l’autre côté, après l’appel de De Gaulle et la Résistance…  En bref, je n’ai rien fait. Je suis resté en France, je n’ai été ni résistant, ni collabo. J’étais juste un mec qui faisait le moins de bruit possible afin d’éviter d’aller dans les camps à l’Est du pays et qui baissait les yeux face aux soldats allemands qui patrouillaient dans les villes. Surtout que j’avais beau parlé parfaitement français, je gardais quand même un accent anglais assez prononcé. Et vous vous doutez bien que les Allemands et les Anglais n’étaient pas les meilleurs amis du monde à l’époque. J’ai été interrogé quelques fois à cause de ça, d’ailleurs. Et je pense sérieusement avoir été mis sous surveillance lorsque j’ai dit aux soldats avoir quitté l’Angleterre pour la France avant la guerre, et que je n’avais plus aucun contact avec la Grande-Bretagne. Mais bon, un Anglais qui habitaient en Bretagne en période d’occupation française, je vous laisse imaginer à quel point je faisais tache dans le paysage.
J’ai passé la totalité de la guerre comme ça, à espérer ne pas me faire repérer. Finalement, quand j’ai appris ce qui se passait dans les camps, je pense avoir vraiment bien fait. Je n’imagine même pas ce que les Nazis auraient pu faire à quelqu’un comme moi.  Il suffit juste de voir ce qu’ils faisaient à des jumeaux...

Et jusqu’à maintenant ?
J’ai continué à me faire petit. J’ai continué à bouger à droite à gauche. Je n’avais plus aucun point d’accroche. Plus de famille, plus de femme. Les quelques neveux que j’avais eu grâce à mes sœurs ont également fini par décéder à leur tour. Je n’avais vraiment plus rien. J’ai bien eu quelques conquêtes mais rien de concret. Je ne voulais pas m’infliger des morts en plus.
Je suis arrivé à Waterside il y a trois ans. J’ai vécu de petits boulots, comme je le faisais partout. En ce moment, je suis de nouveau livreur. Comme quoi... Mais les fins de mois sont assez difficiles… Actuellement, je vis dans une petite chambre d’hôtel aux abords de la ville. Ce n’est pas très luxueux mais au moins, je n’ai pas à dormir dehors. Je pensais partir dans quelques mois, histoire de ne pas rester trop longtemps au même endroit. Puis vous m’avez contacté.


2017.

Je souffle la fumée de ma cigarette, en profitant du soleil, assis sur un banc au milieu du parc Saint George.
Voilà vingt ans que je n’ai pas bougé. Vingt ans que j’ai arrêté de faire mon vagabond.
J’ai accepté l’offre que m’a fait l’Organisation, en 1997. Ils me rendent la vie plus facile, et en contrepartie, je les laisse m’étudier. Grâce à eux, j’ai bien vite compris que j’étais loin d’être le seul dans cette situation. Et loin d’être le premier également. Ils m’ont trouvé un travail aux archives. Un travail stable, qui me suffit amplement. J’ai pu acheter un appartement en ville, pour la première fois depuis Helen. Je suis également devenu consultant à l’université. Je donne des cours sans être chercheur, ce qui m’arrange bien. J’enseigne l’Histoire du XX° siècle, et c’est tout. Mais d’un autre côté, je l’ai vécue, j’en ai des choses à dire.
Maintenant, j’attends juste que l’Organisation tienne sa dernière promesse.
M’aider à mourir.
C’est que la vie commence à être longue.

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